Quel privilège augmente le prix de ta vie ?

Première page de couverture de 84K, Bragelione, septembre 2021

84K de Claire North – Bragelonne, septembre 2021

Résumé

Perçu par la société comme un personnage ordinaire, Théo Miller n’en est pas moins une anomalie. Son passé est-il réellement celui qui lui est associé ? En tout cas, il montre à tout le monde qu’il est une personne lambda et ennuyeuse. Son rendement dans l’évaluation des dossiers au bureau d’audit des crimes est dans la moyenne, ses erreurs sont dans la moyenne, sa vie est moyenne. Dans cette société où toute action est définie par un prix, Théo Miller en est l’une des calculatrices. Évaluer une infraction, un vol ? Qui ? Quoi ? Par qui ? Pour quoi ? Dans quelle circonstance ? Au centime près, chaque facteur est évalué pour définir le montant d’une infraction. Une femme à l’aide sociale est assassinée ? Le montant à payer est défini selon son utilité envers la compagn…. la société. Si elle est dans une classe sociale privilégiée, le montant sera plus élevé. Une société qui défini l’argent et l’utilité comme curseur sociétal. Jusqu’à… Jusqu’à la rencontre d’une ancienne connaissance, Dani Cumali, par hasard en premier, dans un dossier en second. Comment évaluer son décès ? L’indemnité de réparation vaut-elle seulement ce montant dérisoire pré-calculé ? Au final qui va lui rendre justice ?
Des questions qui mèneront Théo Miller à vouloir en savoir plus ; surtout quand des réponses amènent d’autres interrogations : pour qui le système est-il crée ?

Critique

Contexte

Le roman est écrit en Angleterre, dans le cadre d’une pandémie. C’est donc une crise sociale, économique et politique mondiale qui influence l’écriture de cette dystopie. On y retrouve des dénonciations concernant la valeur de la vie, la place des femmes, l’influence des puissants et des décideurs. Plusieurs scandales en Angleterre ont fait bondir le peuple, notamment les restrictions sociales liés à la pandémie et les privilèges de la classe politique faisant fi de ces restrictions. On retrouve dans ce roman des traces de ces soulèvements sociaux.

L’autrice est très éclairée et considérée comme une plume d’exception, Clair North a écrit son premier Roman à 14 ans : Les Quinze premières vies d’Harry August. Déjà la mort et la vie sont abordées dans la thématique Apocalyptique.

La démarche de 84K est toujours une dénonciation. Une dénonciation du capitalisme, mais aussi de la condition des femmes. La société actuelle s’interroge de plus en plus sur le droit des femmes, on trouve donc naturellement des critiques brutes dans l’œuvre.

84K page 24 description d’un moyen dévaluation d’une indemnisation lors d’un viol :

Les préconisations en matière de viol sont soumises à variations s’il est estimé que la femme pouvait être vêtue de façon provocante ou sembler sexuellement enthousiaste antérieurement à l’acte de pénétration. Une femme en tenue impudique est plus susceptible d’être victime d’un crime; par conséquent nous recommandons une indemnité avoisinant les 30 000 £ comme point de départ, afin d’évaluer le… […]

L’histoire

Elle est sur plusieurs plans, personnelle déjà, dans la construction du personnage par l’exploration de son passé au fil du déroulement. Justement, le fil de l’histoire est chaotique et dérangeant. C’est le but d’ailleurs. Dans la lecture, on vit la même sensation que le protagoniste principal. Une histoire décousue sans repère, qui au fur et à mesure que l’enquête avance, retrouve un ancrage. C’est donc un récit à suspense assez dramatique, un puzzle autant initiatique que policier. L’intrigue principale est l’enquête, mais on pourrait percevoir l’intrigue principale dans la recherche du sens de la vie en tant que critique sociétale capitaliste. On y retrouve un sous thème intéressant : la famille. Sur plusieurs aspects, on découvre la vision de différentes familles dans divers couches sociales, avec en toile de fond la dénonciation du symbole du patriarche.

L’histoire est donc décousue, avec pour objectif d’amener le lecteur à s’interroger sur la valeur de la vie, la famille, l’héritage, le choix et la liberté.

Chapitre 50 page 297

Lady Helen Arnslade, marquise de Mantell, dix-septième du nom, s’assit devant le portrait et dit :
– Œil pour œil, dent pour dent ?
Son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père par alliance, qui avait servi sous les ordres du duc de Wellington et qui leur avait amplement montré à ces satanés Indiens quelle culture boostée aux armes à silex était moralement supérieure […]

Le poids du passé est très important dans le récit, tout comme la notion de futur.

Les personnages

Théo Miller

Personnage très peu charismatique, soumis, mais qui évolue. C’est un personnage intéressant car il mesure les conséquences de ses choix passés et aussi futurs. D’ailleurs, ses actions au fur et à mesure du récits évoluent. Il est inconcevable d’imaginer ses possibilités en fin de scénario si on le compare au Théo Miller du début de l’histoire. Un personnage qui évolue donc de manière inattendue et surprenante.

Helen Arnslade

Je la perçois comme une personnification du symbole de la mère, tout comme le personnage de Neila. Elle assume et répare ses actions et ses choix. Elle est selon moi autant victime du patriarcat que coupable démissionnaire. C’est un personnage qui est catalyseur dans le récit. Son évolution est suggérée plus que racontée. Elle fait figure de décision dans la mesure où elle incarne les conséquences d’un héritage politique et social.

Neila

C’est un personnage difficile à cerner. Pour moi, elle représente et symbolise la culpabilité. La mère qui accepte son destin ou plutôt la mère qui refuse de continuer de participer à ce qui lui semble injuste. Elle est aussi un moteur qui incarne les doutes de Théo et qui en fait un ancrage.

Philip Arnslade

C’est la complexité du participant sans morale : la domination, le masculin, le capitaliste. Il suit plus qu’il ourdit. Je le trouve très juste dans ce qui est défini comme l’homme à la recherche du pouvoir. Il est empreint du complexe d’infériorité.

Simon Fardell

C’est assez intéressant de le voir et de le découvrir au fur et à mesure. On a une vision de lui à un certain moment du récit puis, on comprend différemment son histoire après quelques événements remis bout à bout. Au final, pour moi il symbolise la compagnie et le capitalisme.

Conclusion

Je pourrai résumer ce roman à travers deux aspects marquants : une écriture tout en finesse et un récit haletant, au suspense rebondissant.

Le lecteur est invité à se mettre dans la peau de Théo, il suit ses pensées et sa vision. Des fils de pensées sans ponctuation, qui surprennent, dérangent, puis le lecteur s’habitue et comprend le sens de ce style d’écriture.

La manière de traiter et développer les différentes thématiques du livre m’a aussi interpelé. On est amené à croire au début que ce n’est qu’une dystopie, puisé en avançant dans le récit, on s’aperçoit qu’il y a d’autres thématiques : une critique de la situation socio-économique de l’Angleterre, la forme contestataire et son traitement par les autorités, un questionnement de la valeur éthique et morale d’une personne. Une réflexion menée sur l’historique des protagonistes.

Je conseille la lecture

Note : 5 sur 5.

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