Quête de vérité, quête d’humanité

« L’empreinte » Alexandria Marzano-Lesnevich, 2019

Résumé

Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Ricky Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Ricky Langley à commettre ce crime épouvantable.

Contexte

Alexandria Marzano-Lesnevich livre au lecteur un récit à mi-chemin entre un récit autobiographique et un récit journalistique. Le récit est divisé en trois parties : l’explication détaillée du crime, avec son contexte et les protagonistes impliqués ; l’histoire de vie de Ricky Langley, auteur du crime ; et le déroulement du procès. Tout au long du récit, le lecteur découvre aussi l’histoire de vie de l’autrice, son enfance, sa quête d’émancipation et la place que le droit et le milieu judiciaire ont eu dans sa vie. Il faut souligner le travail d’orfèvre de l’autrice, ce livre étant le fruit de dix années de recherches. Elle expose ses sources et la manière dont elle a procédé pour reconstituer chaque étape de cette affaire judiciaire qui a fait grand bruit aux États-Unis et qui est devenue un cas d’école

Histoire

En 1992, en Louisiane, un petit garçon de 6 ans, Jérémy croise la route de Ricky Langley, pédophile de 26 ans, condamné précédemment pour attouchements sur mineurs et en liberté conditionnelle. L’enfant n’y survivra pas. Les aveux du pédophile tombent trois jours plus tard. Incarcéré dans le couloir de la mort, la partie adverse clame la peine de mort.

portrait d'Alexandria Marzano-Lesnevich

En 2003, Alexandria Marzano-Lesnevich est étudiante en droit à Harvard et choisit d’effectuer son premier stage auprès d’un cabinet spécialisé dans la défense des détenus du couloir de la mort en Louisiane. La première affaire à traiter : celle de Ricky Langley, un pédophile qui a étranglé un enfant de 6 ans, Jeremy Guillory. Elle qui est farouchement opposée à la peine de mort voit ses certitudes s’écrouler en visionnant la vidéo de ses aveux, envahie par une pulsion de haine et une envie de voir Ricky mourir.

Cette vidéo m’a amenée à réexaminer tout ce que je croyais, non seulement au sujet du droit, mais au sujet de ma famille et de mon passé. Il aurait peut-être mieux valu pour moi que je ne la voie jamais. Il aurait peut-être mieux valu pour moi que ma vie puisse demeurer dans la période d’avant, plus simple.

En visionnant cette vidéo, ce n’est pas Ricky Langley qu’elle voit et entend, c’est son grand-père qui l’a violée, elle et sa sœur cadette à maintes reprises durant son enfance. Jeune adolescente, elle en parlera à ses parents qui sont avocats, mais ils font le choix de fermer les yeux et de mettre cela sous silence au nom de la cohésion familiale. Ce silence fait écho à un autre secret de famille caché. C’est dans cette atmosphère lourde qu’Alexandria Marzano-Lesnevich grandit et essaie de se construire sa propre identité et son histoire.

Alors lorsqu’elle rencontre Ricky Langley, son passé émerge, ses valeurs et ses convictions sont mises à l’épreuve. Elle passe alors dix ans à enquêter, à essayer de comprendre l’innommable. Une quête de vérité qui s’avère être une découverte de l’humanité dans toutes ces fêlures, ces fragilités et ces contradictions. Une quête de vérité qui met aussi en évidence tous les manquement et les faiblesses d’un système qui ne sait pas quoi faire des individus qui sont « hors cases ».

Aujourd’hui, Alexandria Marzano-Lesnevich n’est pas avocate mais écrivaine. Elle enseigne l’écriture à Harvard. Loin des tribunaux et des plaidoiries qui catégorisent les humains,  elle enseigne l’écriture comme moyen de se libérer et de s’affirmer.

Critique

La force de ce récit indépendamment du sujet qui suscite questions et réflexions, c’est qu’il allie des genres littéraire très différents avec un brio et une excellence incroyable ! Ce récit est un plaidoyer très subtil contre la peine de mort. Il est subtil car il ne présente pas une vision manichéenne du monde et de l’humain. Ce serait tellement plus facile si les condamnés, les criminels étaient l’archétype du vilain, on pourrait alors ouvertement les détester et leur souhaiter le pire ! Ce plaidoyer met également en évidence les travers du système judiciaire américain.

Cet écrit est aussi une enquête criminelle haletante montrant le caractère fondamental et essentiel du travail d’investigation. Le lecteur se représente facilement le nombre incroyable de procès-verbaux d’interrogatoire et d’audience que l’autrice a lu et analysé, ou encore le nombre d’heures qu’elle a passé à faire des recoupements et à interroger certains protagonistes.

Enfin, il est aussi une œuvre autobiographique bouleversante. Alexandria Marzano-Lesnevich nous livre une introspection sur son enfance. A nouveau, elle ne nous présente pas une vision manichéenne, elle montre au contraire la part d’ombre et de lumière de chaque personnalité, les forces et les blessures de chaque trajectoire de vie.

Avis

Parfois on « tombe » sur des livres sans trop les chercher, on démarre alors la lecture sans attente particulière. C’est ce qu’il m’est arrivé avec ce livre. En naviguant sur internet, je suis tombée sur un résumé qui correspond à la quatrième de couverture, la thématique m’a tout de suite interpellée, et les quelques indications données sur l’autrice m’ont intriguées. Ce n’est que bien après, arrivant au terme de ma lecture que j’ai découvert les nombreux articles et critiques sur ce livre…

Pour moi, c’est la lecture la plus passionnante et bouleversante d’une autrice contemporaine que j’ai fait. Le sujet et les questions qu’il soulève m’ont interpellé et secoué. Le style de l’autrice épuré et factuel évite l’écueil de tomber dans le pathos, conduit le lecteur à se questionner sur ces ressentis et émotions face à des situations qui semblent parfois improbables mais qui ont été bien réels.

Un livre palpitant qui ne se lit pas comme un polar mais presque !

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