Nostalgie d’une époque ou recherche d’une âme d’enfant?

« L’amie prodigieuse » Elena Ferrante, 2014

Résumé

Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.

Premier tome d’une saga en quatre volumes, « L’amie prodigieuse » nous offre une immersion dans la vie d’un quartier populaire de Naples dans les années 50-60 avec Elena Greco alias Lenù et Raffaella Cerullo alias Lina ou Lila (prénom utilisé seulement par sa meilleure amie). Lenù et Lila sont deux jeunes enfants habitant dans un quartier populaire de Naples. On y découvre tous les personnages clés et ordinaires d’une vie de quartier : le boulanger, l’épicier, le cordonnier, le garagiste, la maîtresse d’école, les voisins sulfureux ou encore les habitués du bistrot.

Lenù et Lila, les deux protagonistes de l’histoire sont brillantes pour les études et rêvent de sortir de ce quartier, pour se cultiver et vivre une autre vie que celle souhaitée et espérée par leurs parents.

Lila abandonne tôt l’école sous la pression familiale, ses parents considèrent qu’elle est plus utile en travaillant à l’échoppe du cordonnier que sur les bancs de l’école. Lenù, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au Lycée. Sa mère a de la peine à comprendre l’utilité de faire des études mais elle accepte grâce à l’aide financière de l’institutrice, et à condition que Lenù ait de très bonnes notes.

Illsutration d'une rue de NapleLes chemins des deux amies s’éloignent parfois, mais ils se recroisent à travers les histoires du quartier, les amourettes et les bêtises de leur âge. Derrière l’histoire de ces deux amies, il y a l’ébullition d’une ville de Naples qui a traversé la deuxième guerre mondiale et est alors en plein boom économique. La vision de la famille, la place des femmes au sein de la société ou encore les clivages entre les différentes classes sociales sont autant d’enjeux, de questions auxquelles les deux héroïnes y sont confrontées et y font face.

Critique

Personnages

Les personnages sont nombreux. Le lecteur est du reste aidé avec un index des personnages au début du roman. Il faut un certain temps pour situer les différentes familles du quartier et leur rôle. Cette multitude de personnages offre une belle projection dans la vie d’un quartier où tout le monde se connaît certaines familles s’apprécient, d’autres se toisent mais toutes sont unies par ce coin pauvre et populaire de Naples.

Le quartier est à ce titre un personnage à part entière, reflet de l’Italie du Sud des années 50-60. En plein essor économique, on y découvre une jeunesse qui croit en l’avenir, qui rêve, imagine l’impossible. On y découvre aussi une génération qui va bousculer et redéfinir les codes sociétaux : le poids de la famille, l’émancipation des femmes ou encore l’accès aux études pour tous.

Style

L’histoire se découvre à travers les yeux d’Elena Greco, narratrice et héroïne. Le style d’écriture est fluide, les chapitres sont très courts, ce qui augmente le suspense et rend très difficile l’arrêt de la lecture. Il n’y a pas de temps de mort dans les descriptions car elles contribuent à créer l’action.

Le lecteur rit facilement des scènes burlesques que vivent certains personnages, il se laisse aussi surprendre par le langage cru des enfants ou encore par la dureté des parents.

Autrice

Une saga à grand succès pas seulement parce qu’elle nous plonge dans l’enfance, les rêves et l’insouciance qui vont avec, mais aussi à cause de cette autrice très discrète dans les médias. Il y a eu de nombreuses rumeurs sur son identité, elle qui ne fait pas la promotion de ses romans, qui a même refusé d’assister à la remise d’un prix qui lui était destiné. Une autrice qui a fait le choix d’être loin du tumulte médiatique pour se laisser le temps de la réflexion et de l’écriture. Peut-être que cette discrétion a augmenté l’intérêt des lecteurs pour ses romans, mais l’essentiel n’est certainement pas là. Derrière l’histoire de ce quartier, on sent l’analyse sociétale et psychologique que l’autrice porte sur l’évolution de la place des femmes. Il y a probablement une dimension autobiographique dans les histoires et anecdotes de ce quartier, mais l’autrice nous offre aussi un regard critique sur l’Italie d’après-guerre.

Mon avis

Voilà un roman que j’ai eu de la peine à fermer, j’avais envie de savoir comment Lenù et Lila arriveraient à faire leur place dans ce monde dur, parfois sans pitié. Un roman qui m’a habité bien après la fin de ma lecture.

Je me suis questionnée sur cette âme d’enfant que les adultes regrettent tant, mais qui est mise à mal, brisée par la dureté de la société qui ne souhaite pas que l’on forme des rêveurs ou des penseurs mais de bons travailleurs qui feront tourner « la machine productivité. » Des questions qui soixante ans après sont encore d’actualité. Nous pouvons  encore nous demander en vue de quoi nous transmettons un savoir : l’éducation doit-elle être rentable? La déclaration universel des droits de l’enfant place l’éducation comme un droit fondamental, l’accès et l’infrastructure qui vont avec doivent être garantis pour chaque enfant, dans les pays signataires de cette déclaration. Aujourd’hui dans de nombreux pays occidentalisés, de prestigieuses écoles sont créées en vue de former les puissants entrepreneurs de demain. A contrario, il y a encore de nombreux pays où l’école n’est pas obligatoire, où les enfants travaillent. Les écarts et les inégalités se creusent, elles sont encore plus marquées que dans les années 50-60. Cela à de quoi questionner notre compréhension du vivre ensemble.

Une rue populaire de NapleVoilà donc un roman, basé sur une histoire vraie, qui interpelle et suscite des réflexions parce que derrière l’humour et la légèreté de l’adolescence, les grands sujets sociétaux y sont abordés.

Je vous recommande donc cette lecture et je me réjouis de lire la suite de cette saga amicale, familiale et sociétale !

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